MINISTÈRE DE L’INSTRUCTION PURLIQUE ET DES BEAUX-ARTS
MÉMOIRES
PUBLIÉS
PAR LES MEMBRES
L’INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE
DU CAIRE
SOUS LA DIRECTION DE M. É. CHASSINAT
TOME VINGT-DEUXIÈME
LE CAIRE
IMPRIMERIE DE L’INSTITUT FRANÇAIS
D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE
1909
Tous droits de reproduction réservés
MÉMOIRES
PUBLIES
PAR LES MEMBRES
L’INSTITUT FRANÇAIS D’ARCHÉOLOGIE ORIENTALE
DU CAIRE
TOME VINGT-DEUXIÈME
FOUTOUH AL BAHNASÂ
PAR
M. ÉMILE GALTIER
<5
AVERTISSEMENT.
Ce livre, qu’un douloureux événement a laissé inachevé, fut
commencé en 190/1, au cours de la seconde année que mon
regretté collaborateur Emile Galtier passa à l’Institut. Il devait
comprendre, dans son plan primitif, une édition du texte arabe, la
traduction de celui-ci et une étude critique et comparée des divers
ouvrages de même nature et de leurs sources. Mais Galtier n’avait
pas tardé à renoncer à publier la version arabe, estimant que cette
partie de son travail ne présentait pas un caractère d’urgence absolu
et quelle pourrait faire plus tard l’objet d’un second volume, si la
nécessité en était reconnue. II avait résolu, par contre, de donner un
développement considérable à l’examen littéraire et historique du
document. Il m’entretint souvent, ainsi que ses camarades, des
résultats auxquels ses recherches l’avaient conduit. Malheureuse-
ment, se fiant à sa prodigieuse mémoire, il avait négligé de les noter
et, malgré de minutieuses recherches, je n’ai rien trouvé dans ses
papiers qui s’y rapportât. C’est là une perte déplorable à tous égards,
car Galtier, avec sa connaissance parfaite des textes et l’extra-
ordinaire lucidité de son jugement, n’eût pas manqué de jeter une
clarté nouvelle sur la question.
Le manuscrit de la traduction que je présente aujourd’hui en son
nom aux savants était achevé depuis longtemps lorsqu’il consentit,
sur mes instances, à le livrer à l’impression. La moitié à peine en
était composée lorsque la maladie contraignit, vers la fin du mois de
mars 1908, Galtier à abandonner ses occupations. Huit feuilles
étaient tirées et les placards des feuilles 9 et 1 0 étaient corrigés en
— II
première épreuve; la fin du volume a été corrigée par moi. Si,
malgré le soin que j’ai apporté dans cette besogne toute matérielle,
on y relève quelques erreurs, je prie le lecteur de se montrer indul-
gent envers l’auteur, que j’ai pubien involontairement trahir.
J’ose espérer que, tel qu’il est, même incomplet, cet ouvrage ne
sera pas inutile aux études arabes.
F
E. Chassinat.
Le Caire, le 17 avril 1909.
AU NOM DU DIEU CLÉMENT ET MISÉRICORDIEUX,
Louange à Dieu qui a accordé la victoire et le secours évident, et a donné les
pays qui lui appartenaient à qui il a voulu de ses adorateurs : certes la terre appar-
tient à Dieu, et il la donne en héritage à qui il veut de ses pieux adorateurs et il réserve
V avenir à ceux qui le craignent (1) . Voici ce qu’a dit le cheikh très savant, très docte
et très intelligent, Mohammad al-Mo'izz, que Dieu lui fasse miséricorde!
MENTION DES AVANTAGES ' 21 DE BAHNASÂ,
DE SON TERRITOIRE ET DE SON CIMETIÈRE (3) .
Sache que le sol de Bahnasâ renferme dans son cimetière près de quatre cents
des émirs principaux, soit parents, soit compagnons du Prophète, parmi les-
quels sont 'Ali fils d’'Àqîl et Ga'far fils d’*Aqil^, fils d’Abou Tâlib, al-Hosain
fils de Sâlih, fils d’al-Hosain, fils d ,c Ali, fils d’Abou Tâlib (5) et Ziâd, fils d’Abou
W Coran , vii, 12 5 .
(2) jSLài, ce qui élève un pays au-dessus d’un autre : cf. Sàcy, Chrest., t. II, p. 1 du texte, avan-
tages qui élèvent ce pays au-dessus des autres, ^ U-
W Le manuscrit de Paris commence ainsi : aMÎ
JUs an! Jÿ & 2 jo jS** ^S2> & Jb
^ g J*S ïjty Cette rédaction reproduit le Foutouh ack-Châm ,
avec des variantes.
( 4 ) c Aqîl (vocalisation donnée par an-Nawawi) Abou Yazîd ou Abou c Isa, fils d’Abou Tâlib, 1 oncle
du Prophète, mourut sous Mo'awiah et fut enterré à Médine; Ousd , t. III, p. 422 - 423 ; cf. Nàwàwi,
p. 426-/127. ® eu ^ P our fils Moslim, 'Abd Allah, 'Obaid Allah, Mohammad, c Ahd ar-Rahmân, Ham-
zah, c Ali, Ga'far, 'Otmân, Yazîd, Sa'd, Abou Sa'id et cinq filles. W ne cite que 'Ali fils d Aqîl,
ainsi que le manuscrit de Paris (P).
(5) P donne : t-JlW jî ^ Jls ^ . . .( s y**À I; W cJlU ^ & <£*^5
C £lo etc. , mais Hosain fils d’ 'Ali n’eut pas de fils du nom de Sâlih : ses fils furent selon
YIrchâd , d’Ahou 'Abd Allah Mohammad b. Mohammad b. an-No'man, cité par Chablengi,^
^yjJ) caa> JT^Lu P* 192 , Ga'far mort du vivant de son père, 'Abd Allah, 'Ali
al-Akbar, tués à Kerbela, et 'Ali al-Asghar surnommé Zain al-'Abidîn (cf. Nàwàwi, op. rit., p. 433 )
Mémoires, t. XXII. 1
2
É. GALTIER.
Sofiân (1) , fils d’al-Hârit, fils d'Abel al-Mottalib, al-Fadl fils d’'Abbâs (2) et le fils
d’Abou Lahab (3) , oncle de l’Envoyé de Dieu et nous mentionnerons ceux qui sont
tombés en martyrs dans cette guerre parmi les émirs principaux. Un certain
nombre de chefs et d’émirs distingués ont dit que quiconque visite le cimetière
de Bahnasâ reçoit des grâces si particulières de la miséricorde divine, qu’après
cette visite, il devient aussi pur de ses péchés qu’au jour de sa naissance, que,
s’il est atteint de quelque chagrin lors de cette visite, Dieu l’en délivre, que s’il
a besoin de quelque chose, cette chose lui est accordée par Dieu. On y trouve des
endroits où la prière est exaucée, par exemple Magra al-Hasâ et Maqta' as-sail,
où reposent beaucoup de martyrs, le tombeau de Ziâd fils d’Abou Sofiân, la
chapelle d’al-Hosain fils de Sâlih fils d’al-Hosain, fils d’'Ali, fils d’Abou Tâlib,
qui seul eut des enfants et deux filles, Sakînah et Fatimah. On ne rencontre pas non plus de Sâlih
dans les enfants de Hasan, cf. Chablengi, op . cit. , p. 110, d’après oLkü ^î, et p. 111 d’après
YIrchâd. Peut-être faut-il lire : JLs= Zain al- c Abidln , au lieu de^Lo, Zain aI- c Abidîn a eu en effet
onze fils (selon J^uLÎI) ou dix selon le t-JlLalî &ub, dont deux portent l’un le nom de Hasan
et l’autre celui de Hosain; W dit à propos de cet Hosain fils de Sâlih :
W Abou Sofiân, fils d’al-Hârit, fils d’ c Abd al-Mottalib, cousin du Prophète et son frère de lait,
était poète et se convertit à l’islamisme; il assista à la journée d’Honain, et mourut à Médine en
l’an 20 ou 1 5 de l’hégire. Il avait épousé Gomanah, fille d’Abou Tâlib (Màs'oûdi, Prairies d y or, t. IV,
p. 272). c Omar fit la prière sur sa tombe (Nawawi, Biographical Dictionary, éd. Wüstenfeld, p. 725).
Cf. Ousd al-ghâbah , t. V, p. 2i3-2i5; Ibn Qotaibah, Ma^arif, p. 61. Il ne faut pas confondre cet
Abou Sofiân avec Abou Sofiân fils de Harb, père du calife Mo'awiah, cf. Ibn Qotaibah , op. cit. ,
p. 35 ; Nawawi, op.cit., p. 726. Il sera question plus loin de Ziâd fils d’Abou Sofiân.
W Al-Fadl fils d’al- c Abbâs , cousin du Prophète, frère de Qotam (Nawawi, op . cit., p. 612 ; Ousd,
t. IV, p. 197), mourut de la peste en Syrie en l’an 18, il assista à la journée d’Agnâdain, de Marg
as-soffar et de Yarmouk. Il laissa une fille Omm Koltoum qui épousa al-Hasan fils d’ c Ali. Dans la
biographie de son père al- c Abbâs, Nawawi, op.cit., p. 33 1, nous apprend que le tombeau de Fadl
est à Yarmouk.
^ C donne Ziâd, fils d’Abou Sofiân, fils d’al-Hârit, fils d’ c Abd al-Mottalib, fils d’al- c Abbâs, fils
d’Abou Lahab, oncle du Prophète; W fils d’ c Abd al-Mottalib et al-Fadl fils d’al- c Abbâs, sans parler
d’Abou Lahab. P donne : jl <^ 1 $ ^ Mais nous avons vu plus haut qu’al-Fadl
n eut qu’une fille et était mort avant la conquête de l’Egypte , d’après la date du Foutouh Bahnasâ. Quant
à Abou Lahab, il était oncle du Prophète. Selon Mas'oûdi, op. cit. , t. IV, p. 162 , il eut deux fils, c Otbah
et 'Otaibah ; Ibn Qotaibah , op. cit. , p. 60 , en ajoute un autre ou** et plusieurs filles. Sa femme était
Omm Gamîl fille de Harb fils d’Omayyah. C’est cet Abou Lahab et sa femme qui sont désignés dans le
Coran (cxi, 1, 3 ), Nawawi, op.cit. , p. 655 , dit à son sujet : ^ Xgwl aMÎ
>3 <JÜL> XscjuLm <Xxajo j#Lî Xxajmo syyjs iXu cuL* H nie
paraitqu’il faut corriger dans Ibn Khallican, trad. Slane, t. IV, p. 42 - 43 , w* Akil the son of Ali Ibnabou
Tâlib n en w Akil the son of Abou-Tâlib v> sans quoi Abou Lahab ne pourrait être comme il est dit plus
bas «• l’oncle paternel d’ c Aqîl7? : en outre aucun des fils d’ c Ali ne porte le nom d’ c Aqîl. Cf. Ibn Qotaibah,
op. cit. , p. 106. Cet Abou Lahab, non content de voler les gazelles d’or delà Ka c bah, avait obligé son
fils à répudier la fille du Prophète, qui le maudit; aussi périt-il dévoré par un lion.
FOUTOUH AL BAHNASA.
3
le tombeau cTAbd ar-Razzâq (1) à l’intérieur de la porte (2) , l’oratoire du seigneur
Jésus fds de Marie (3) (sur lui le salut), les tombeaux des martyrs sur le flanc de
la montagne et au sud l’endroit connu sous le nom de Marâghah (4) , avant le
cimetière où se trouvent les tombeaux des martyrs. Ce pays a été visité par un
grand nombre de gens pieux de l’ Iraq et par Abou 'Ali an-Nawâwi. Ce dernier
lorsqu’il arrivait là , ôtait ses habits et se roulait sur le sol en disant : « Ô terre
dont la poussière a volé si longtemps pour la cause de Dieu N. Ce pays a été
visité par un grand nombre de gens, célèbres par leur piété, venus à
pied (5) , du Maghreb de l’extrémité de l’Espagne, qui ont été témoins oculaires
de ses avantages généraux, des grandes bénédictions que Dieu lui a accordées
et de ses preuves {6) éclatantes, parmi lesquels nous citerons l’émir 'Abd Allah
at-Takroûri (7 h
Les historiens affirment qu’après le territoire de Misr et celui de la
Bohairah, il ny a pas de pays où l’on trouve plus de martyrs qu’à Bahnasâ et
racontent qua Magra al-Hasa près de la tête du canal, du côté occidental, il
en est tombe un nombre considérable et que quatre cents émirs, que nous
citerons, s il plaît a Dieu, dans le récit de la conquête, ont péri là en combattant
pour la Foi.
(1) Cet 'Abd ar-Razzâq fut un des premiers tués lors de la prise de la ville.
(2) C ajoute : omis par P et W.
l3) Yaqoèt > Lexicongeogr., t. I, p. 771, nous dit que cette chapelle est située hors de la ville et
que Jésus et sa mère vécurent là sept ans.
^ donne : W et P : J*». Tout ce passage est confus.
<5) Sur tes vœux de pèlerinage a pied et sans chaussures, cf. GoLDzmEn, De V ascétisme aux premiers
temps de l’islam (Rev. de l’hist. des religions), 1898, p. 3 i 8 .
<6) C W
171 Son nom est Abou Mohammad Yousouf fils d’'Abd Allah at-Takroûri, saint musulman dont on
raconte beaucoup de miracles, parmi lesquels nous citerons le suivant. Une femme dont le fils avait
été enlevé par des nègres, qui avaient aussitôt mis à la voile sur le Nil, vint implorer le secours du
cheikh. Il se mit en prières et à l’instant le vent cessa et la barque des ravisseurs s’arrêta. L’enfant
fut rendu à sa mère. On dit qu’il vécut du temps d’al-'Azîz fils d’al-Mo'izz (x« siècle) et que le
chérif Mohammad fils d’As'ad al-Gawâni composa un livre sur les mérites de ce saint, et après sa
mort lui éleva une qoubbah et bâtit à côté une mosquée. Après l’année 790 de l’hégire, le Nil ayant
emporté une partie du rivage, les gens craignant pour la mosquée et le tombeau du saint, les trans-
portèrent à l’intérieur de la ville, où la mosquée était connue du temps de Maqrîzi sous le nom de
mosquee du Takrourien. Maqrîzi, t. II, p. 3 2 5 . Sur la porte de la qoubbah est une inscription gravée
sur marbre, où il est dit que cette mosquée a été rebâtie par al-malik an-Nâsir Mohammad en 901
(iù 9 b . Cette qoubbah se trouve actuellement dans le jardin du palais de l’émir fils de l’émir feu
.ousoun pacha à Boulaq-Takrour. Ce village qui se nommait autrefois Miniet Boulaq doit son nom
Boulaq-Takrour au saint qui y a vécu. Au Pacha Moubarak, Khitat gadîdah, t. IX, p. 16.
É. GALTIER.
AVANTAGES DU CANAL DE JOSEPH (I) .
C’est sur lui qu’est située {2) cette ville et il renferme plusieurs merveilles.
D’abord il abonde en bénédictions (3) , grâce à son voisinage du Nil, de manière
qu’il arrose abondamment les villages et les villes qui l’entourent, en dépit du peu
d’importance de la crue du fleuve. En outre, lorsqu’il est privé du secours de
la crue du Nil, il naît près de son extrémité, un grand nombre de sources qui
forment une eau courante , et il est le seul canal qui présente cette particula-
rité (4) . De plus, là est la sépulture (5) de Joseph le véridique (6) , qui y a subsisté
jusqu’au temps de Moïse, ce qui est une nouvelle bénédiction. Enfin ce canal a
été ouvert par Gabriel^ en frappant le sol avec une de ses ailes, sur 1 ordre de
Dieu en faveur de Joseph et voici comment. A la fin des sept années de disette, il
U) Sur la légende de Joseph empruntée par Mahomet à la Bible, cf. Coran , xn, 3 -io 4 , et les
historiens musulmans, par exemple : Tabari, i r ® série , p. 371 — 4 1 3 ; Ibn àlÀtir, t. ^p.g^-no; Le
Livre de la création et de V histoire de Taher ben Mottahar, publie par Huart, t. III, p. 68-74; Ta labi,
Qisas al-anbia , 1 vol., Caire, i 3 o 8 , p. 68 -q 3 et en aljamiado, Robles, Leyendas de José hijo de Jacob
y de Alejandro Magno , 1 vol. in-8°, Saragoza, 1880 ; Weil, Biblische Legenden der Muselmànner, 1 vol. ,
Francfort, 1 845 , p. 100-126. La tradition musulmane fait de lui le ministre de deux rois amalécites
et lui attribue la mise en culture du Fayyoum et le creusement de* plusieurs canaux dont un porte
encore le nom de Bahr Yousouf, cf. Maqrizi, traduction Bouriant, fasc. 11, p. 718-741.
( 2 ) C et P ont : xdx ; W xôl^ L expression
se trouve dans Edrisi, i*, 1 . 12 i ) Ul . . . *<j* 5 Y^*
0 g » * T , et ibid., va, iv^ et Àbulfeda, Historia anteislam., p. i 48 , 1 . 4 .
W * C a seul : x 5 ^ .
( 4 ) \V ajoute : Isluàj Maqrizi,
traduction Bouriant, fasc. 1, p. 202, dit de même : te Chose merveilleuse a son commencement, le
lit de ce canal est sans eau , un peu plus loin il devient humide comme un champ mouillé de
rosée, puis le cours de l’eau s’établit et il devient tel quon ne peut plus le traverser quen barque,
il se forme ainsi une artère principale d’où partent plusieurs ramifications qui se répandent pur
tout le Fayyoum, arrosant les villages, les champs, les jardins et toutes les parties habitées.»
( 5 ) Selon le Livre de la création , édité par Huart, t. III, p. 71, le corps de Joseph fut déposé dans
un sarcophage et enterré en plein Nil , là où l’eau se divise, plus tard il fut emporté par Moïse qui
selon Ta'labi , op. cit. , p. 92 , l’ensevelit dans le pays de Chanaan où il se trouve à présent : comme il
ignorait où était le corps, une vieille le lui indiqua a condition que Moïse lui rendrait 1 usage de
ses jambes et de ses yeux, la rajeunirait et l’admettrait à cote de lui en paradis. Voyez encore Maqrizi,
traduction Bouriant, fasc. 11, p. 726 et 732 , où il nous apprend que cette vieille se nommait Sarah,
fille d’Aser, fils de Jacob.
Coran , xii, 46 .
( 7 ) Sur l’ange Gabriel, cf. Nawawi, Biographical Dictionary, éd. Wüstenfeld, p. 186.
FOUTOUH AL BAHNASA. 5
y eut quelque dissentiment entre Joseph et le maître de 1 Egypte { *, les Israélites
se réunirent auprès de Joseph et cela excita la haine des Amalecites, le roi dit à
Joseph : «Rends-moi mon royaume». Ils convinrent alors de tirer au sort et de
partager le pays; ce qui fut fait, et le côté occidental échut a Joseph. C était le
pays de Bahnasâ qui ne se composait que de déserts sablonneux et de tells. Joseph
voulut y faire passer un canal tiré du Nil; il réunit dix mille ou selon d autres cent
mille serviteurs, leur donna des pioches et des pelles (2) et leur ordonna de creu-
ser du sud au nord (3) ; ce travail dura trois ans et leur nourriture était fournie (4)
par les magasins de Joseph. Mais quand vint le Nil, il boucha tout 1 espace creuse.
Il fit de même du côté du nord < 5) jusqu a ce que sept ans fussent écoulés, de sorte
qu’il en fut fatigué. Le seigneur Joseph fut rempli de chagrin. Or il arriva à
l’époque du creusement que les ouvriers enterrèrent les instruments dans la
montagne près de son extrémité vers le côté sud, et que le lendemain ne lés trou-
vant plus, ils s’écrièrent : «Nous sommes volés! » (lo^) et de là vint le nom de
la ville située à cet endroit, Souriqnâ (6) . Dieu parla alors à Joseph et lui dit :
«Tu as eu recours à tes serviteurs et tes richesses, et tu n’as pas eu recours a
moi; par ma gloire et ma puissance, si tu avais imploré mon aide, j’aurais fait
couler l’eau dans ce canal en un clin d’œil». Joseph tomba prosterné devant Dieu
en disant : «Loué sois-tu, que tu es grand et que ta puissance est redoutable! ».
Puis s’étant relevé, il ôta ses habits, revêtit le cilice, et sortit du côté du désert, se
prosternant et s’humiliant devant Dieu. Dieu lui dit alors : «Joseph, releve ta
tête, j’ai fait ce que tu désirais». Il donna un ordre à Gabriel et d’un coup de son
aile ou selon d’autres, avec l’extrémité des plumes de ses ailes, celui-ci, en un
clin d’œil, par la puissance de Dieu, ouvrit le canal depuis sa bouche méridio-
nale jusqu’au Fayyoum; Joseph éleva des ponts et bâtit Madinat al-Fayvoumé 7 h
U) Selon Maqrizi, traduction Bouriant, fasc. h, p. 718, d’après ibn Wasif chah c’était ar-Rian
ibn al-Walid que les Coptes nomment Nahrouch. Joseph mourut sous le règne de son fils Darem.
— Selon la tradition rapportée par Maqrizi , où il n’est pas question de Bahnasâ , on proposa à
Joseph de mettre en culture le Fayyoum qui servait de déversoir aux eaux du Nil.
W P etC, W J^b).
^ P çgA xi iXÂô ; W xi
W P W A3>.
^ P C ; W .
W Ce passage, depuis il arriva, jusqu’à Souriqnâ, manque à W et P; écrit : xl^-mJÎ, dans
l’atlas de la commission d’Égypte , est un village situé dans le district de Manfalout, province d’Assiout.
W Madinat al-Fayyoum, l’ancienne Arsinoë ou Crocodilopolis, capitale du Fayyoum, cf. Maqrizi,
traduction Bouriant, fasc. 11, p. 718 et seq. ; Ibn Haukal, p. io5 (B. G. A., II) ; Mûqadessi (ibid. , t. III,
p. 106, 3 5 1) ; Quatremère, Mémoires sur V Egypte, t. I, p. 4o5; Amélineàu, Géographie de V Egypte à
Vépoque copte, p. 337 ; Vànsleb, Relation, p. 252 - 257 ; Wilkinson, Modem Egypt, p. 34 i-342.
6
É. GALTIER.
Au dire de quelques-uns, le seigneur Joseph le véridique (sur lui la prière
et le salut ainsi que sur tous les prophètes) employa mille jours à le creuser,
et ce fut là l’origine du nom qui fut donné à ce pays' 11 ; et ce canal fut un
fleuve d’eau courante depuis l’endroit où notre seigneur Gabriel l’ouvrit jusqu’à
l'extrémité du Fayyoum. Quant au canal creusé par les serviteurs de Joseph' 21 du
côté sud et du côté nord, quand la crue du Nil ne le remplissait pas, le terrain
était privé d’eau et on y semait des fèves et autres espèces analogues, tandis
qu'au contraire, lorsque le canal creusé par Gabriel ne recevait pas la crue du
Nil. il naissait à son extrémité des sources qui formaient un canal d’eau cou-
rante, particularité qui ne se rencontre que là' 31 . Et parmi les bénédictions de
ce canal, on peut citer ce fait qu’il se divise en un grand nombre de canaux
dans le territoire du Fayyoum et arrose une grande quantité de jardins et de
champs, en été et en hiver, ce qui n’arrive pas non plus pour les autres canaux.
Une autre bénédiction étonnante, c’est que lorsque le Nil croît d’une façon insen-
sible, la crue se fait sentir remarquablement dans ce canal, et encore que, à
cause du voisinage du Nil, même quand la crue est faible, il arrose les villes et
les villages voisins des provinces de Mellaouï' 41 , de Miniet ibn Khasib' 51 , et des
provinces de Bahnasâ' 61 et du Fayyoum et que le surplus se déverse à l’endroit
^ Maqrîzi, traduction Souriant, p. 729, dit que le travail dura soixante-dix jours, mais que le
roi dit : «■ C’est là le travail de mille jours (alf youm)i) d’où le nom de la ville. Mais ce nom vient en
réalité du copte <)>iom rcle lac». L’ancien nom était en égyptien P-iom n mere .
^ Tout ce passage depuis : quant au canal , jusqu’à : lui est particulier, manque à P et W.
W L’auteur répète ce qu’il a dit plus haut, à propos de cette particularité.
Mellaouï , ville de la moudirieh d’Assiout, peuplée de 10,000 habitants environ, en copte
mamaay «dont Mellaouï est la transcription exacte avec le phénomène d’allitération bien connu,
qui a fait passer la lettre N à L, phénomène parfaitement marqué par le techdidv(1). Cf. Amelineau,
Géographie , p. 289-2/10. La forme copte est encore reproduite dans IbnBatutah, Voyages , 1. 1, p. 100
qui l’appelle : Abou Sàlih, Thechurches and monasteries of Egypt , cite, f° 7 4 b , les églises qui s’y
trouvaient. Cf. Maqrîzi, traduction Bouriant, fasc. 11, p. 597, et Ali Pacha Moubarak, Khitat gadîdah ,
t. XV, p. 70-73.
^ Miniet Ibn Khasib, ville très ancienne, s’appelait autrefois la nourrice de Khufu, cf. Champol-
lion, t. I, p. 278; Quatremère, t. I, p. 243 - 246 ; Amelineau, p. 267-258; Abou-Saliii, f os 77^, 78**
et 88 a ; Ali Pacha Moubarak, t. XVI, p. 5 1 -5 6 ; Merasid al-ittila \ t. III, p. 167. Abul-fedâ, Géographie ,
traduction Reinaud , dit qu’il a vu le nom écrit Moniet abou-Khassyb et qu’il l’a entendu appeler Benid-
Khassyb (t. II, i re partie, p. 168). Sur ce Khassyb, cf. Al-Makin, p. 119; Abul-fedà, Annales , t.III,
p. 700 (note de Reiske); Ibn Batutah, Voyages, t. I, p. 97. Yaqout, Dictionnaire géographique ,
t. IV, p. 675, vocalise Moniet abou-fl-Khousaib; cf. Maqrîzi, traduction Bouriant, fasc. 11, p. 60 3 ;
Aansleb ,op. cit. , p. 4 oi- 4 o 2 .
^ Balinasâ, l’ancienne rreuixe qui succéda à la ville d ' Ô&ptyxps. Cette ville autrefois très flo-
rissante est complètement déchue, elle est située dans la province deMinieh, district deBéni-Mazar.
L'Etat de l'Egypte (Sacy-Abdallatif), p. 685 , ne mentionne pas la ville. Ibn Batutah, op. cit , 1 . 1 , p. 96 ,
7
FOUTOUH AL BAHNASA.
appelé al-Gharaq (l) , au point que l’on redoute sa trop grande abondance dans les
terres du Fayyoum et ceci lui est particulier.
(Le narrateur dit.) Joseph partagea le pays entre lui, ses frères et ses fils'- 1 ;
le territoire de Bahnasâ échut à Éphraïm, fils de notre seigneur Joseph 131 . Il
commença à le cultiver, tailla les pierres , bâtit les murs et les tours et les ponts
et fit une ville semblable à celle que son père avait bâtie dans le Fayyoum' \
le canal la traversait en son milieu du sud au nord jusqu à lepoque de 1 islam,
et nous en reparlerons, s’il plaît à Dieu, dans le récit de la conquête. (Le nana-
teur dit. On y voyait un nombre qu’on ne peut dire de tours, de minarets et
de villages' 51 , elle fut habitée par une partie des enfants d’Israël, ils y firent des
maisons et des jardins et ainsi tout l’occident de Misr et le Fayyoum et le territoire
de Bahnasâ jusqu’à l’extrémité du Said du côté occidental, fut la propriété par-
ticulière des Israélites [ainsi que celui de Misr, du Fayyoum et celui de Bahnasâ
jusqu’au Sa'îd], personne ne la partageait avec eux' 61 . Joseph fit de ses serviteurs
des fermiers et des laboureurs dans le Fayyoum, commença à la cultiver, planta
des arbres sur les bords du canal de Joseph du côté oriental et occidental, et les
oiseaux y firent entendre leurs chants, célébrant les louanges du Dieu puissant.
nous dit que de son temps c’était une grande cité avec des jardins et où l’on fabriquait d’excellentes étoffes
de laine. àbouVFeda, Géographie, t. II, i,p. i53, dit quelle est le chef-lieu d’une province considé-
rable , et qu’elle est située sur le canal de Joseph ; tout le terrain situé entre le canal et la montagne est
arrosé par le canal de Joseph, et le terrain entre le canal et le Nil par des coupures faites au fleuve.
Bahnasâ est à la limite du Sa'îd al-adna (sur les trois Sa c îd, cf. II, 1, i 4 i). Cf. Abou-Salih, f° 73 \
74 \ 76 *; Maqrîzi, trad. Souriant* fasc. n, p. 7 o 4 ; Ali Pacha Moubarak, Khitat, t. X, p. 3 et seq.
W Âi-Gharaq, cf. Amelineau, op. cit., p. 388, ou Madinat al-Gharaq, ville du Fayyoum au sud;
cette ville n’est pas citée dans an-Nâboulsî; cf. Wilkinson, Modem Egypt, t. II, p. 35o. Ali Pacha
Moubarak, op. cit., t. XIV, p. 63, l’appelle jtLaJLJ! ^*îl.
^ W et P ajoutent : auu.
(3) çj* Taher ben Mottahar, Livre de la création. . . édité par Huart, t. III, p. 71. er Joseph avait
épousé Zaiikhâ qui lui avait donné deux fils, Ephraïm Tancêlre de Josué fils de Noun, successeur
de Moïse et Manassé qui est le père de Moïse, le compagnon de Khidr(TABARi, 1. 1, p. 4i4 donne :
l à** par faute de copiste). Sur Moïse fils de Manassé, cf. Ta'labi, op. cit, p.
* 4J Selon Maqrîzi, traduction Bouriant, fasc. 11 , p. 706 , Bahnasâ fut bâtie du temps de Minaous,
roi des Coptes.
(5) W donne : ^
^ 6) Cette phrase est diversement corrompue, W donne : jiJ J)
G» Jsîlywl ^Lo IgJT <Xu>jü! ^y®
(JO}l )<X5j cuir ^y* (jojU pjJÜtJ)
u P; (jo}) (jo}l^
A-Ojâ!) {(£*) LuLgjJI.
8
É. GALTIER.
Les jardins et les plantations d’arbres et de fruits de toute espèce étaient si nom-
breux qu’on ne pouvait apercevoir les rives du canal. (Le narrateur dit.) Les
femmes sortaient à leurs occupations, une corbeille sur la tête et un fuseau à la
main et en un clin d’œil, leurs corbeilles se remplissaient de toute sorte de fruits
sans qu’elles eussent besoin de rien toucher pour cela (1) . Mais lorsque les Israé-
lites désobéirent à Dieu, renièrent ses bienfaits, et entrèrent dans la voie de la
désobéissance, Dieu leur retira ses bienfaits et les rendit sujets des Amalécites,
des Coptes et des Grecs {2) , qui dominèrent sur eux, leur enlevèrent ces biens et
possédèrent le royaume à leur place, parce que les Juifs avaient renié les bien-
faits de Dieu et tué ceux (3) qui leur ordonnaient de faire le bien et d’éviter le mal (4) ;
ils firent d’eux des esclaves, des tailleurs de pierre, des menuisiers et firent
travailler les femmes et les enfants de ceux qui étaient autrefois les maîtres. Les
Israélites vécurent ainsi misérablement, accablés de maux et de chagrins, par
suite des travaux qui leur étaient imposés et auxquels ils ne pouvaient suffire,
jusqu’au jour où Dieu les délivra en leur envoyant Moïse (sur lui le salut ainsi
que sur tous les prophètes). Mais ce récit n’est pas l’objet spécial de ce livre. Les
Amalécites, les Coptes et les Grecs devinrent donc les maîtres des villes, des
champs et des vergers (5) .
(Le narrateur a dit.) Le premier qui posséda la ville de Bahnasâ fut le roi
Chahloun : il était prêtre et connaissait la science de l’architecture. C’est lui qui
le premier bâtit un édifice de marbre sur le bord (7) du Nil, il y fit faire un petit
On trouve la même idée dans le Livre delà création , édité par Huart, t. III, p. 187, à propos de
Sabâ du Yémen : «On dit que l’ardeur du soleil ne pouvait les atteindre tellement les arbres étaient
confus et pressés. La servante sortait de sa maison avec son panier sur la tête , marchait sans cueillir
les fruits avec sa main et sans rien enlever de terre et s’en revenait avec son panier plein».
W W donne seulement : .
(3) W dit : les prophètes de Dieu.
Coran, m, 106.
^ C donne : î tiDtSo W
et P : TA c LABi,op. cit., p. q 3 , rapporte la légende suivante : Joseph
avant de mourir dit aux Israélites qu’ils demeureraient adorant leur Dieu jusqu’à l’époque où un Copte
orgueilleux viendrait qui les opprimerait longtemps, que le signe de sa venue serait le suivant : le
coq que possédait Joseph cesserait de chanter au moment de la naissance de ce tyran et pendant
tout son règne, jusqu’au moment où naîtrait leur libérateur Moïse; alors il chanterait de nouveau.
^ L’histoire de Chahloun et de son fils Sourîd manque à W qui passe de suite à l’histoire de
Jésus : mais elle se trouve dans le manuscrit de Paris. Ce roi est appelé Chahlouq dans Màqrîzi,
traduction Souriant, fasc. 1, p. 38 s , où il fait partie de la dynastie des rois qui ont régné à Amsous
ou Misr. Maqrîzi emprunte ces légendes à ibn Wasif chah. P donne la leçon .
(7) C o ou?, lisez :
9
FOUTOUH AL BAHNASA.
bassin de cuivre renfermant une quantité d’eau mesurée; sur les bords de l’étang
étaient deux aigles de cuivre, mâle et femelle. Au commencement du mois où le
Nil augmente, il ouvrait cette maison et y convoquait les prêtres (]) , alors un des
aigles sifflait, si c’était le mâle, l’eau montait, si c’était la femelle, elle baissait,
et on savait ce que serait la crue à l’augmentation de 1 étang et chacun d eux
parlait au sujet de la crue du Nil. La chose une fois connue, ils faisaient les
préparatifs et mettaient en état les digues du canal de Joseph. Il fit aussi un
pont et dans la ville de Bahnasâ des merveilles en si grand nombre qu’on ne
saurait les décrire, il l’orna de peintures admirables, fit faire un étang au milieu
de la ville, y éleva une statue étonnante placée sur des colonnes et d’où l’eau
s’élevait en l’air. Il bâtit sur le côté oriental à l’endroit appelé à présent al-Qaïs (2) ,
une autre ville qu’il donna à son fils Sourîd, il creusa un souterrain avec des
voûtes en pierre sous le canal de Joseph, allant de son palais à celui de
son fils, solidement construit, et où il allait à cheval avec des flambeaux au
moment de l’inondation du Nil et en d’autres temps, jusqu’à un endroit par où
il sortait (3) .
Après la mort de Chahloun, son fils Sourîd posséda le trône pendant cent
quatre-vingt-dix-neuf ans il fit oublier son père par sa justice, sa bonne
administration et ses bienfaits et son équité dans les jugements; il éleva des
minarets et des bornes et fit au milieu de la ville une femme assise, tenant sur
son sein un petit enfant qu’elle semblait allaiter et toutes les femmes qui étaient
atteintes d’une maladie en quelque endroit de leur corps touchaient l’endroit cor-
respondant de la statue, et aussitôt leur maladie et leur douleur disparaissaient.
Si le lait d’une femme était en petite quantité , elle touchait les seins de la statue
et son lait augmentait; si elle voulait que son mari éprouvât de l’affection pour
elle , elle frottait le visage de la statue avec un peu de bonne huile , s’en frottait
W P ajoute : ( 1 roULtJ! texte qui concorde avec Maqrîzi,
cf. infra .
(2Î C ^**5 qu’il faut corriger en avec P. C’est la ville de Qaïs près de Bahnasâ, ainsi
nommée à cause de Qaïs fils de Hârit, qui s’en empara du temps de c Amr fils d’al-'Âs; Maqrîzi,
traduction Bouriant, fasc. n, p. 693-600.
^ P donne : jAlaj (^3 & ^^ 4 $ L 51 ^ dui C
^ es ! à noter que les merveilles attribuées ici à Chahlouq sont totalement dif-
férentes de celles qu’énumère Maqrîzi, fasc. n, p. 382-383 delà traduction Bouriant, t. I, p. i32 du
texte arabe; mais on les retrouve dans Maqrîzi, ibid. , p. 379; comme étant dues à Khaslim, roi
d’Amsous; auteur du premier miqiâs avec les deux aigles de cuivre.
Selon Maqrîzi , traduction Bouriant, fasc. 11, p. 385 , cent quatre-vingt-dix. Maqrîzi parle d’abord
dun miroir de cuivre où l’on voyait les différents pays, et décrit ensuite les propriétés de la statue
représentant une femme assise (probablement un souvenir d’Isis allaitant Horus).
Mémoires , t. XXII. 2
10
É. GALTIER.
le visage et disait : « Je ferai telle et telle chose [que votre époux ait de l’affection
pour vous]» alors son époux revenait à elle, plein d’un amour violent. Si son fils
était atteint de quelque mal , elle faisait de même et l’enfant guérissait par la
permission de Dieu (2 h Si un accouchement était difficile, la femme frottait la
tête du petit enfant et elle était facilement délivrée (3) . Si une femme adultère
posait sa main sur la statue, elle tremblait, mais si elle était innocente, la main
ne tremblait pas (4) ; si une femme avait volé, sa main tremblait encore, jusqu’à ce
quelle s’abstint de commettre de telles vilenies ; si une femme était soupçonnée
d’adultère ou d’autre chose par son époux, elle plaçait la main sur la statue, si elle
était innocente, elle n’éprouvait rien, coupable elle était saisie de tremblement,
de sorte que, à cette époque, l’adultère, les désordres et le vol diminuèrent^.
Ce roi fit encore de son temps des œuvres nombreuses et étonnantes : ainsi,
une statue appelée Bekr {6) qui guérissait de la folie (?) et des maladies et l’on
reconnaissait quel malade serait guéri de sa maladie et vivrait et quel autre ne
serait pas guéri et en mourrait. On dit que Sourid posséda jusqu’aux oasis et à
l’extrémité du Sa'id et de la Bohairah, mais il habita surtout Bahnasâ et construi-
sit un mur sur la frontière des oasis à l’occident et celle de la province à l’orient
et Sourid fils de Chahloun s’était déjà emparé de Misr; il réunit les prêtres et fit
à l’extrémité de la province, vers les oasis, l’image d’un patrice^; il fit sur
le sommet des sables un talisman enchanté représentant un cavalier de cuivre
rouge sur un cheval de cuivre qui tournait du côté où le vent soufflait et quel
que fût le côté d’où soufflait le vent, le sable, par l’ordre de Dieu, était ainsi
arrêté et éloigné du pays (8) . Il fit encore une idole de pierre noire et la plaça
(1 > Maqrizi dit seulement : (CvSj tx'S'Juü!; P lg*ifi u&a**» lÀS'tjXxil; C yL*iS
y^kjy y£jA& <_ IlXSV
® Cette phrase manque à Maqrizi.
(3) Le passage où Maqrizi parle des règles est remplacé dans C et P par : (jbLâïs! !i!
L g - ô L v^T À' JgwJ caaW o l gg*>^
t4) De même dans Maqrizi, traduction Bouriant, fasc. n, p. 385.
(5) Tout ceci manque dans Màqkîzi , ibid. , qui ajoute que cette statue fut retrouvée et adorée après
le déluge.
(6) Maori zi , ibid. , parle d’une autre statue composée d’un grand nombre de substances mélangées
et si quelqu’un souffrait d’une partie de son corps, il n’avait qu’à laver la partie correspondante de
la statue et à boire l’eau qui avait servi au lavage , le mal cessait aussitôt.
r>i P UwAla* JL*. <_àXà. iüto yrvLsiJÎ (j"b Cette phrase
paraît altérée dans les deux textes. Ce patrice assez surprenant provient sans doute du mot
« chemin d, mal compris ou altéré par quelque copiste. C donne nettement ! U, . . La leçon
primitive était évidemment : « Il fit dans le chemin des oasis une image représentant un cavalier . . . n.
* 8) On trouve dans Maqrizi un grand nombre de talismans analogues.
FOUTOUH AL BAHNASA.
11
sur 1 b porte de la. ville , quand une personne bonnete sntrait, 1 idole riait, dans le
cas contraire elle pleurait (1) . Il fit aussi un juge en pierre, assis dans l’eau, et
quand deux adversaires venaient plaider devant lui, celui qui avait le droit pour
lui, marchait sur l’eau, tandis que 1 autre s y enfonçait. Il fit encore d autres
merveilles. On rapporte qu’il connaissait parfaitement cet art, ainsi que son
père {2) . C’est lui qui fit tailler les colonnes immenses et couvrir le sol de dalles
dont l’énormité effraie; il fit extraire le plomb dans le Maghreb et la pierre dure
à Assouân (3J , même si elle était noire, et fit tout ce que fit le constructeur des
pyramides, et même l’on dit que c’est lui qui les fit élever (4) .
Il fit faire dans la ville de Bahnasâ un grand souterrain pour ses trésors, où
l’on descendait par des degrés de marbre noir, au nombre de cent environ,
conduisant à une porte d’acier enchantée, fermée par une serrure d’acier et y
plaça comme gardiens des génies. Cette portç donnait accès à une voûte , solide-
ment bâtie en pierres assujetties avec du plomb, s’étendant jusque dans le voisi-
nage de la montagne du côté sud et qui aboutissait à sept salles bâties en marbre
de diverses couleurs dont les plafonds étaient garnis de figures sculptées avec un
art étonnant. Il en remplit six d’or, d’argent, de produits minéraux de toute
espèce, de joyaux, de pierres précieuses et y fit étendre un tapis de soie brochée
de fils d’or. Il inventa aussi les préparations médicinales qui placées sur le nez
d’un cadavre le conservaient frais comme avant sa mort.
Chahloun ordonna à son fils Sound de le placer dans cette salle après sa mort,
ainsi que ses femmes. Il fit des talismans : ainsi il fit venir des esclaves blancs ,
écrivit pour eux des mots magiques, les fit armer d’épées et ordonna de les
mettre à mort. Alors les esprits^ enchaînés par ces paroles magiques, entrèrent
en eux et ils devinrent les gardiens du trésor. Il plaça de même aux portes des
esclaves noirs, également armés * 6 b La sortie de ce souterrain était placée à son
extrémité. Il y fit mettre l’inscription suivante : et Que personne ne détruise ceci»
et il le donna à son fils.
(1) Maqrizi, traduction Bouriant, fasc. n, p. 5o2, attribue ceci à Atrib.
{2) Cette phrase est peu claire : C donne : s»jl5V
P au* |1>&I AU>i yl^ y| J*Sj _ j,_jüLî! ïyS', de C semble une erreur due à la présence de ces mots une
ligne plus haut, car là où C donne : P a : jyS LàJ
C AUa. 1 » y*, P avec raison : y*. Sur Assouân, cf. Maqrizi, traduction
Bouriant, fasc. n, p. 572-576.
(4) Cf. Maqrizi, ibid. , fasc. 11, p. 385 .
l3i âuàU.^; de même Ibn Khaldoun, éd. du Caire, t. II, p. 189 tiJJi
161 C donne : J* OooJi. y* P ajoute : U*5j Ulg-j lL^. Je
suppose qu’il faut lire : ^ .
12
É. GALTIER.
A sa mort on le plaça sur un trône d’or et on le promena dans la ville de Bah-
nasâ pendant quarante jours. Puis on le mit dans ce souterrain, lui et ses femmes,
avec ses habits, ses ornements et sa couronne, et on mit sur lui et sur ses femmes,
un filet de pierres précieuses attachées à des fils d’or et d’argent; on plaça à
droite du trône un esclave blanc tenant une épée avec laquelle il faisait signe,
et un Zendji (1) à sa gauche dans la même position. Le souterrain fut défendu
par des talismans jusqu a la mort de Chahriman, c’est-à-dire le père de
Chahloun (2) , et la dynastie des Amalécites (3) finit et fut remplacée par celle des
Roum.
Le premier des Roum qui posséda Bahnasâ se nommait Roûmân et on dit
que les Roum^ sont fils d’Esaü fils d’Isaac, sur lui le salut, et la chose dura
ainsi jusqu’à Constantin I er . Le Sourîd dont nous avons parié, fut maître de la
Syrie, de Misr et régna sur les villes. Le premier qui posséda Bahnasâ de la
dynastie de Constantin le Grec, fut Qantâriôs : ce fut un grand roi; il partagea
le territoire de Bahnasâ en quatre-vingts districts ayant chacun à leur tête un
patrice qui commandait à une ville de sa province. Il posséda les oasis (5) , et on
lui paya tribut. Il vécut du temps de Constantin (6) et du temps du Messie
(sur lui le salut). Il fut de ceux qui professèrent le christianisme et réunit les
évêques en vue du culte (7) , ensuite ils se divisèrent (8) après Constantin I er et les
(1) Les Zendj sont les habitants du Zanguebar. Comme le prouvent les quelques mots conservés
de leur langue ( Waklimi, titre de leur roi dans Mas'oûdi , op. cit. , t. III , p. 6 , 2 9, lisez : mafalme , pluriel
de mfalme «roi», en souabili) c’étaient des populations de race cafre. Cf. Devic, Le pays des Zendjs
et la côte orientale de V Afrique.
(2) Leçon de G* qui n’a pas de sens; P donne : yS 3 \ & yUyûb oU Jt*.,
Lisez : ^Uyûtà?
(3) Cf. Mas'oûdi, op. cit., t. II, p. 4 i 3 . L’Egypte a été gouvernée par «• trente-deux pharaons, cinq
rois de Babylone, quatre rois parmi les rois de Mareb ou Amalécites, venus de Syrie, sept rois du
pays de Roum; enfin dix rois grecs?). Les rois Amalécites sont (Mas'oûdi, op. cit., t. II, p. 397) :
al-Walîd ibnDouma (cf. Maqrîzi, traduction Bouriant, fasc. n, p. 4 o 6 ), son fils ar-Rayan (Maqrîzi,
ibid., 726 d’après Ibn 'Abdal-Hakam), Darem fils de Rayan (Maqrîzi , ibid. , t. II, p. 726 , £07)
et Kamès fils de Madan (= Aksamès de Maqrîzi, ibid., t. II, p. 4 o 8 }; quelques-uns, dit Mas'oûdi,
op. cit., t. II, p. 397, ajoutent al-Walîd fils de Mo'sab, le pharaon de Moïse. Maqrîzi, ibid., t. II,
p. 718, 4 o 4 , parle aussi d’un al-Walîd fils d’al-Raisan.
G P ^ (lisez : y*2+z) ^sas. à ^ ^ JxSj. Cf. Ibn Khaldoun, t. II, p. 197 :
^ Jî ^ Cette assertion est empruntée à Orose qui
nous apprend également queDidon, fondatrice de Carthage, descend d’Esaü; cf. Ibn Khaldoun, ibid.
Sur la généalogie de Roum, cf. Mas'oûdi, t. II, p. 2g3.
^ Sur les oasis, cf. Maqrîzi, ibid., fasc. n,p. 69161697.
^ 6l P a •
M Allusion au concile de Nicée.
(8) P (ij* c .jè* ày 3 p*-
13
FOUTOUH AL BAHNASA.
Chrétiens sont divisés en catégories ou classes : le patriarche^, 1 évêque, le
prêtre, le diacre, le domestique et le diacre chargé de l’encens w : et ils rompent
le jeûne lorsqu’ils jeûnent le dimanche et le samedi , a partir de midi , il ne leur
est permis d’épouser qu’une seule femme; ils boivent du vin, mais sans aller
jusqu’à l’ivresse, qui est un péché chez eux (4 >; le samedi, jour de leur culte, ils
communient et disent : «Ceci est ta chair et ton sang» taisant par la allusion
au Messie (sur lui le salut); lorsqu’ils se séparent après la communion (5) ils
se donnent un baiser; d’après leur loi (que Dieu les maudisse) les femmes
héritent des deux tiers, l’homme d’un tiers; le divorce leur est inconnu. C’est
un usage chez les Romains et les Francs (6) qu’aucun d’eux ne porte des
bottines rouges, mais que le roi en porte une rouge et une noire (7) ; aussi les
compagnons du Prophète, que Dieu soit satisfait d’eux tous, les reconnais-
saient-ils à cela dans les guerres. Leur roi ne mange qu’au milieu des femmes,
des instruments et des chants; leur nourriture se compose en grande partie
de kerdanagât, de modaqqaqât, d’isfidabâgat (8) et de chair de porc (9 h Ils
connaissent la médecine et l’art du dessin où ils excellent au point que leurs
w P I ; C jynt
^ P ; C , cest Ig grec L Abrège
des Merveilles, traduction Carra de Vaux, p. 1 2 5 , donne : les patriarches, les prêtres, les diacres, les
mafrians, les domestiques chefs des troupes : o Sur le pluriel :
voir Sàcy, Chreslomathie arabe, t. III, p. 67.
3) G (lisez : u3 ^yb); P (lisez : Y Abrégé : ils rompent le
jeûne le dimanche et ils déjeunent le samedi après midi.
W Le texte ajoute : jS 6 J\ ôl! ibUil ^ V Abrégé, après une phrase sur le
dimanche donne : wLes Chrétiens n’approuvent pas l’usage de se purifier après certaines ablutions,
ni celui des ablutions. Toute leur religion réside dans l’esprit?).
■ 5) C a tort : t JJâ «Xjo îyyi lâl$; P Y Abrégé ajoute :
.(Ils se baisent l’un l’autre) et ils ne parlent pas avant de s’être purifié la bouche?).
6) Les Francs, manque à Y Abrégé.
l7) Il y a évidemment ici une lacune dans le texte. P a :
il faut restituer : àll; cf. Ibn Khorradbeh, éd. de Goeje,
p. 81. Le titre du roi est Bâsili et il porte des vêtements de pourpre Il n’y a que le roi qui
ait le droit de porter la pourpre et les bottines rouges, quiconque oserait en porter serait puni de
mort; seulement l’héritier présomptif met une bottine rouge et une bottine noire. Cf. Diehl, Justinien
et la civilisation byzantine au iv* siècle, 1 vol. in-8°, Paris, 1901, p. 93.
(8) C P etc. les kerdanagât sont une espèce de
rôti, les modaqqaqât un mets fait de viande hachée menue, les isfidabâgat un ragoût de viande,
d’oignon, d’huile, de beurre et de fromage.
* 9) V Abrégé, au lieu de viande de porc donne sikbâgât, et ajoute : rr ils ont des orgues)). Gahzat
al-Barmaki, outre un traité de cuisine, avait composé un livre sur l’excellence du ragoût appelé
ef. Ibn Khallican, traduction Slane, t. I, p. 119, note 8.
14
É. GALTIER.
peintres savent faire une figure avec une expression de joie sur le visage.
Ils appellent leur roi ar-ragîm' 1 ’. Leurs rois se marient et la justice règne
parmi les sujets.
ARRIVÉE
DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS' 2 ’, FILS DE MARIE, À BAHNASÂ (3) ,
SA SORTIE DE MISR ET SON SÉJOUR (4) .
Dieu (qu’il soit exalté) a dit : «Nous avons fait du fils de Marie et de sa mère
un signe pour les hommes et nous leur avons donné comme refuge un endroit élevé,
tranquille et abondant en eaux ( V Les historiens Masoûdi' 6 ’, Abou Gaïar at-
labari' 7 ’, al-Waqkh' 8 ’, Ibn Ishâq' 9 ’, les biographes, les commentateurs, tels que
w) M - Carra de Vaux suppose que la vraie leçon est : JJu, roi de Rome. Cependant C a :
• Tout ce passage du Foutouh Bahnasâ se retrouve à peu près textuellement
dans Y Abrégé des Merveilles , p. 126-127.
121 Sur Jésus, cf. Coran, passim (les passages indiqués dans Hughes, Notes on muhammadanism ,
1 vol., 189A, London, p. 257; Weil, Biblische Legenden der Muselmànner, 1 vol. in-16, Frankfurt,
1 845 ; Ta'labi, Qisas al-anbia , 1 vol. in- 4 °, Caire, i 3 o 8 hégire, p. 253 - 268 ; TÂher ben Mottahar’
Livre de la création et de l’histoire, éd. Huart, et les historiens musulmans : Tabari, Annales, éd. de
Goeje; Ibn Khaldoun, Kitâb al-Hbar, éd. du Caire, t. II, p. 1 43 -i 53 ; Mas'oùdi, Prairies d’or.
(3) Maqrîzi , traduction Bouriant, fasc. 11, p. 70A, dit que d’après un commentateur du Coran
sur ce passage (xxm, 52 ) le terme de colline désigne Bahnasâ, mais selon Ibn Batutah, Voyages,
t. I, p. 188-189, c ’est Damas qui est désigné par ce verset. Sur les traditions et légendes coptes
relatives au séjour de Jésus en Égypte, cf. le R. P. Julien, L’Égypte, 1 vol. in-8°, Lille, 1891,
p. 2 A2-25 1 , d’après quelques manuscrits arabes et coptes et Maqrîzi, éd. de Bouîaq, 1 . 1 , p. 23 o
(= Bouriant, fasc. 11, p. 681-682) qui résume le Synaxaire copte. Il n’y est pas question de Bahnasâ;
mais Cynaque , évêque de Bahnasâ , a composé un sermon sur le séjour de Jésus et de sa mère à Bisous ,
à lest de Bahnasâ, cf. de Slane, Catalogue des manuscrits arabes de la Bibliothèque nationale, i55, n° 9.
W reprend ici. Tout ce qui précède à partir de Le premier qui posséda Bahnasâ, ne se trouve
que dans P et C.
® Coran, xxm, 52 .
^ (6) Masoudi, historien arabe, mort en 345 de l’hégire (g 56 ), auteur bien connu des Prairies
d’or; cf. Brockelmann, Arab. Lit., t. I, p. i 45 -i 46 .
(7) Ahou Ga'farM. b. Garîr at-Tabari, né à Amul dans le Taharistân en 224 ( 838 ), mort àBagdâd
en 3 io (923), auteur à’ Annales, et d’un commentaire du Coran, très important. Brockelmann,
Arab. Lit., t. I, p. i42.
(8) a. 'Abd Allah M. b. 'Omar al-Waqidî né à Médine en i3o (747) mort en 207 (823), auteur
du Kitab al-Maghâzi, édité par Kremer, Calcutta, 1 85 6 ; cf. Brockelmann, Arab. Lit., t. I,p. i 36 .'
l9) Mohammad ben Ishâq mort en i 5 i (768), auteur d’une vie du Prophète qui ne nous est
connue que par la rédaction d’Ibn Hichâm, mort en 218 ( 834 ) et cf. Brockelmann, Arab. Lit., t. I,
p. 1 35 . P et W ajoutent :
15
FOUTOUH AL BAHNASA.
Sa'îd ibn Gobair' 1 ’, Saîd ibn al-Mosayyab (2) , ibn 'Abbâs' 3 ’, Ta'labî' 4 ’ Zamakhsari' 5 ’
prétendent que le mot ïj désigne (mais Dieu sait mieux la vérité) la ville de
Babnasâ ; d’autres disent que ce mot désigne Misr. Cette opinion se retrouve dans
un grand nombre d’autres livres, de grandes histoires, de commentaires pré-
cieux et de livres de conquêtes étonnantes' 6 ’.
Le narrateur a dit. La naissance de Jésus eut lieu quarante-deux ans après
tu Abou 'Abd Allah (ou Abou Mohammad) Sa'îd ibnGobair ben Hichâm al-Asadi de Koufâ, élève
d’Ibn 'Abbâs et d’'Abd Aüah fils d’ c Omar, mis à mort par Haggâg en g 5 de l’hégire (71 4 ) à Wasit
pour avoir pris part à la révolte contre 'Abd al-malik ibn Merwân. Cf. Mas'oûdi, Prairies d'or, t. V,
p. 376-378; An-Nawawi, Biographical Dictmiary, p. 278-279; Ibn Khàllicàn, traduction de Slane,
t. I, p. 564-567»
W Abou Mohammad Sa'îd ibn al-Mosayyab , né à Médine, un des sept grands jurisconsultes de
cette ville, élève de Sa'd fils d’Abou Waqqâs et de Abou Horairah, mort à Médine en 91 de l’hégire
(709-7 io ). ke nom de son P^ re était al-Mosayyab, mais il disait : wQue Dieu récompense celui
qui prononcera le nom de mon père al-Mosayyib v . Cf. Ibn Khàllicàn, traduction de Slane, t. I,
p. 568 - 669 ; An-Nàwàwi, op. rit., p. 263 . C’était l’homme le mieux instruit de tous en ce qui
concernait la loi réglant le divorce. Ibn Khàllicàn, t. I, p. 565.
W Aboû’l c Abbâs c Abd Allah ibn 'Abbâs, cousin de Mahomet, né à la Mecque trois ans avant
l'hégire (619) était considéré comme l’interprète le plus capable du Coran . Il donnait des leçons
publiques un jour sur le Coran, un jour sur la jurisprudence, le lendemain sur la grammaire, le
quatrième jour sur l’histoire des Arabes, le cinquième sur la poésie, qu’il regardait comme
très utile pour comprendre les difficultés du Coran : gouverneur de Bassora sous c Ali, mort à Tai,
en 687 (hégire 68). Cf. Slane dans sa traduction d’Ibn Khàllicàn, 1. 1 , p. 89, d’après la Tab. al-fuqahâ,
Tab . al Qurrâ et Siar as-mhf, manuscrit de la Bibliothèque nationale, n°‘ 2093, 2094 (Brocxel-
uaxx, Arab . Lit. 9 t. II, p. £7, donne 2 o 48 par faute d’impression à corriger) et 2012. Sur le
commentaire qui est attribué à Ibn c Abbâs et imprimé à Bombay en i3û 2, cf. Brockelmann, Arab .
Lit., 1. 1 , p. 190. Cf. N awawi , Biographical Dictionary, p. 35 1 - 354 , et l’index de Mas'oùdi, éd. Barbier
de Meynard.
Après Ibn 'Abbâs, C et P ajoutent 'Ali fils d’Aboû Tâlib, qui manque dans W.
■ l! Aboû Ishâq A. b. M. b. Ibrahim at-Ta'labi, mort en io 36 , auteur deYHistoire des prophètes et
d’un commentaire du Coran ; cf. Nôldeke, Gesch. des Qor’ans, p. 76, et Brockelmann, Arab. Lit., t. I,
p. 35 o. Ta'labi ne dit pas cependant qu’il soit question de Bahnasâ, cf. Qisâs al-anbia, p. 266.
5 AboûH Qâsim Mahmoud ben 'Omar az-Zamakhâari, né à Zamakhsar en 1074 mort en 1 143 ,
auteur de nombreux ouvrages, et entre autres d’un commentaire du Coran, al-Kassâf c an haqa'iq
at-tanzîl, imprimé à Calcutta en 1 856 et au Caire en 1807 et i 3 o 8 . Cf. Brockelmann, Arab. Lit.,
t.*I, p. 289-293; Barbier de Meynard, dans le Journal asiatique, 1876, t.II,p. 3 i 4 . Ibn Khàllicàn,
traduction de Slane, t. III, p. 321-328.
A ') ^
& W ; ijé (sic) £x~~ Jxtë i (jxîl^*-
yb . ..ÇjUSÛî
16
É. GALTIER.
qu’Agoustous (t) (Auguste) fut monté sur le trône et dans la cinquante-deuxième
année du règne des Askanides (2) . Le trône appartenait alors à Qaisar roi de Roum ,
et Hidrous (3) (Hérode) était alors le grand gouverneur pour Qaisar et Qantâriôs
était alors à Bahnasâ. Quand Hidrous fut informé de la naissance de Jésus, il
voulut le faire périr, car on avait vu son étoile apparaître et reconnu par là
qu’il venait de naître au moyen de calculs, et grâce à un livre qu’ils possé-
daient (4) . Dieu envoya un ange à Joseph le charpentier, l’informa de la résolution
d’Hérode et lui dit : cr Marie, sors de Misr, car si le roi s’empare de ton fils
il le fera périr; mais après la mort d’Hérode, retourne dans ton pays». Le nar-
rateur a dit. Joseph le charpentier fit monter Marie et son fils sur un âne qui lui
appartenait et arriva avec eux dans le territoire de Bahnasâ. Il y a là un puits
dans la chapelle, auquel on demande la guérison des maladies, et c’est celui où
Marie et son fils firent leurs ablutions avant la prière et dont l’eau tantôt déborde
et tantôt tarit. On dit que Marie et son fils à leur arrivée sur le territoire de Bah-
nasâ vinrent à l’endroit où est ce puits célèbre et que Joseph le charpentier
revint laissant Marie près du puits. Il n’y avait pas d’eau à ce moment. Jésus
demanda à boire et se mit à pleurer de soif. Marie fut affligée, mais le niveau de
l’eau monta, de sorte que Jésus put boire, et depuis ce jour l’eau monte dgns ce
puits et l’on connaît ainsi le niveau de la crue du Nil. Les Chrétiens y font une
fête encore de nos jours et il y a là un couvent et des cultures. Marie et son fils
se rendirent ensuite à Bahnasâ.
C donne : P W ne donne pas ce nom.
^ G j** 03 P lJL 3 dJpJt W
& y t ri xJÜ 0* AJUu (jOLajI
pUJt .
✓
(3) P W Cf. Ibn Khaldoun, op. cit., 1. 1, p. 199. pUJL J*l*!î (jfy
aXLXo 0 * oXàt. (jîolc ^jütLait ^3 (Octave) 0 *
(d’après Orose). Ta'labi, op. cit., p. 256 , parle également d’Auguste, des Àèkanides et de Qaisar.
^ Cette phrase se trouve dans Ta c labi, op. cit., p. 2 56 . C’est un souvenir de rétoile de l’Évangile
et des prophéties relatives au Messie.
^ C’est le puits dont parle Maqrîzi, traduction Bouriant, fasc. n, p. 69/1. Àrgenous fait partie
de la province de Bahnasâ; en dehors de la ville est une église avec un puits de petites dimensions
pour lequel est instituée une fête que l’on célèbre le 2 5 Baâons. Les Chrétiens jugent de la hauteur
qu’atteindra chaque année la crue du Nil d’après la hauteur où l’eau de ce puits s’élève au-dessus
du sol. Vànsleb, Relation d’un voyage fait en Egypte , 1 vol., 1678, Paris, p. 70-71, décrit la céré-
monie : rcLe soir précédant la nuit que la goutte tombe, le cadi avec l’ancien du village vont à cette
église (de la Vierge) portant un petit cordon de coton, marqué de huit nœuds, éloignés les uns
des autres d’un pouce , où il y a au bout un plomb attaché : l’on met ce cordon à l’orifice du puits
FOUTOUH AL BAHNASA.
17
On rapporte d’après Mohammad al-Bâqir fils d’'Ali (1) que Jésus atteignit douze
ans accomplis lors de son séjour à Bahnasâ. Sa mère filait le lin et glanait les
épis à la suite des moissonneurs. Lorsque Marie vint à Bahnasâ, Jésus avait deux
mois et il était comme un enfant de deux ans (2) ; à neuf mois sa mère le prit, le
mena à l’école et lè confia au maître. Le maître lui dit : «Dis l’alphabet (abou-
gad)» (3) . Jésus leva la tête et lui dit : «Sais-tu ce que signifient ces mots?». Le
maître voulut le frapper : «Ne me frappe pas, lui dit Jésus, situ l’ignores, inter-
roge-moi et je t’expliquerai (ce que tu ignores). — Parle, dit le maître. —
Descends d’abord de ton estrade», lui répondit Jésus. Le maître descendit et
Jésus s’asseyant à sa place commença ainsi : «L’a, ce sont les bienfaits (a/a) de
Dieu {4) ; le b, la gloire ( behâ ) de Dieu (5) ; le g, la splendeur (gelai) de Dieu (6) ;
le d, la religion ( dîn ) de Dieu (7) ; l 'h, l’abîme de l’enfer, qui est el-hâwiyya^, le
waiv signifie malheur ( waîl ) aux habitants de l’enfer (9) ; le ha, la rémission des
péchés à ceux qui implorent le pardon (10) ; le h, c’est la parole ( kalam ) de Dieu qui
en présence dune foule de peuple, de manière que le plomb touche la surface de l’eau, après cela
ils ferment bien la bouche du puits, y apposant même leur cachet. Le lendemain ils retirent la
corde et d apres le nombre de nœuds mouillés reconnaissent de combien de bras le Nil croîtra au
delà de seize, comptant un bras pour chaque nœud mouillé. Tous les historiens arabes parlent, de ce
puits, on peut lire entre autres Georges le Mekkin (al-Makîn).»
^ ® ur couvent d Argenous, ou de Jésus, cf. Maqrîzi, traduction Wüstenfeld, Geschichte
der Coptcti , p. 99, n° 3 i. '
M C donne ce qui est absurde : il faut lire : yj|. Abou G a 'far Mohammad,
fils de Zain al-'Abidîn surnommé al-Bâqir, fut un des douze imams et le père de Ga'far as-Sàdiq.
C’était un homme très savant : il naquit à Médine en 57 de l’hégire (676) et mourut en 1 13 (781),
il fut enterré à Médine; sur l’origine de son surnom de Bâqir, cf. Ibn Kiiallican, traduction Slane,
t. II, p. 579; Ciiablbngi,,UssJ! ojo Jî 1 vol. in-8°, Le Caire, 1817,
p. 137-128.
2) W lisez : yil avec P. Ta'labi, op. cit., p. 257, dit que Jésus un
jour après sa naissance avait l’apparence d’un enfant âgé d’un mois (d’après Mohammad al-Bâqir).
i») Les Arabes, pour soulager la mémoire, formaient avec les lettres des mots mnémotechniques,
et départissaient ainsi l’alphabet : abougatl; kowaz: hotai; kolman; ^ ai. J,
ta'afas; qariat; cyjè\ tekhad ; jliô, dazagh. Cette division est due à Motâmir, cf. Caussin
dr Perckval, Essai sur Vhistoire des Arabes avant l’islamisme, 1. 1, p. 2 9 3.
( "CPW M\ *5lT; T (TaHahi) M\ üî *!! 51.
t5) p Q W aBI 1^>; T aUI âdRj.
<«> C P W T ÜJ| J 54 ..
(7) C P W T aHI
***^ ês ^ P n* w ês T s, ^ g *l*îî
^ Ç'fly * 3 ^-* Si) > T P _)UJ 1 Jjj ; W IgAail Jj . ; T, W et P ajoutent pour le za avec raison ;
1 W P
C Ijllail (cf. Coran, 11, 55 ), P W T etc.. .
Mémoires , t. XXII.
3
18
Ë. GALTIER.
ne saurait être changée (I) ; le sad, une mesure (saoun) pour une mesure (2) ; le t,
les serpents de l’enfer les mordront (taqrousou)® . » Alors le maître dit à Marie :
rc Prends ton fils et veille sur lui , Dieu lui a appris la sagesse et il n’a nul besoin
de maître».
Wahb (4) a dit : «Voici ce que nous a raconté al-Hosain fils de Sâlih (5) , fils
d’al-liosain qui le tenait de Mohammad fils de Hamdoun, qui le tenait de
Hamdoun fils de Khâlid, qui le tenait de Hichâm al-Antâki qui le tenait d’al-
Hakam ibn Nâff d’après Isma'il ibn Yahya, d’après Abou Moulaikah, d’après
Atayah d’après Abou Sa'îd al-Khodri. Il a dit. L’Envoyé de Dieu a raconté que
lorsque Jésus fut envoyé à lecole par sa mère, le maître lui dit : «Dis : au nom
U) C P T W même leçon (cf. Coran, vi, 34 , 1 15 ).
(,| PWC T * 1 ^ e Uo, £ u,.
(3) G P donne ceci pour le W y*
T donne ceci pour yl ï . Comme on le voit, le texte le meilleur de
ce récit attribué à Mohammad al-Bâqir se trouve dans Tabari , et il reproduit l’ordre de l’alphabet
hébreu et syriaque et de l’ancien alphabet arabes, . . .4)1 ait 4);a, l$>; j, J5W; i, n , Âbjlâ
(Coran, 101, 6); 1, Jaj; (au lieu de P a ^y); von, ods*. Ja».; p!», <dii
(le noun nest pas représenté); DDV2, £ lo yaix-* ; nEHp, Cette anecdote est
tirée de Y Evangile de l’enfance, chap. xlviii et xnx; cf. Thilo, Codex apocryphus Novi Testamenti,
Leipzig, i 832 , t. I, p. 123-124 et la version de la même anecdote d’après Kisai, ïbid., p. i 55 ,
qui ajoute l’explication des lettres Xis? et et se retrouve dans Y Évangile de la nativité de Marie;
Tischendorff, Evangelia apocrypha, 1876, Leipzig, p. 100. Cf. Basset, Apocryphes éthiopiens. Règles
de saint Pacome, 1896, p. i 3 .
(4) Wahb ibn Monabbih est un personnage très connu, qui a introduit dans l’islamisme un
grand nombre de légendes judéo-chrétiennes. Il mourut vers 110 (728) à Sana dans le Yémen.
Cf. Ibn Khallican, Dictionnaire, traduction Slane, t. III, p. 672 ; Ibn Khaldoun, Prolégomènes; Tabari,
op. cit. , 3 e série, p. 2 4 9 4 ; Lidzbarski, De legendis quæ dicuntur propheticis arabicis, Leipzig, 1 8 f) 3 ,
p. 44-54; Cl. Huart, Wahb ben Monabbih et la tradition judéo-chrétienne au Yémen, dans le Journal
asiatique, 1 9 0 4 , t. IV, p. 33 1. Cet isnad finissant à Wahb est évidemment faux, 'Atayah étant
contemporain de Wahb.
P donne • j^*xft yj*X3~ yA (X^-l yA <X^ LjiX». yA «X4 tj LitX^. Jiÿ
y^ W _ja! . . . plü yA tX^-l LotXi. <X)lâ. yA yjiX^- LoiXi.
<XJlâ- yi! yA 1X4^ LiJiXa. Jiï yjiX^- yA <Xy-l y? «X^ LîtXa. Jiï
(T* tABI > P- 2 ^ 7 ) cjj y® y® yg y® y® £»l> y> fXJl
tX* ta yAl y® Sàliwb yA <X^ yA 0 v»* 41 . Abou Sa'îd al-Khodri, compagnon
du Prophète, mort en 71 de l’hégire, enterré à Médine, cf. Ousd, t. Il, p. 289, et t. V, p. 211.
'Atayah ben Sa'd, mort en 71 1 de l’hégire. Cf. Tabari, op. cit., 3 e série, p. 2A94. Ibn Abi Moulaikah
( Abd Allah ben 'Obaid Allah). Cf. Tabari, index; Ibn Qotaibah, op. cit., éd. Wüstenfeld, p. 2 4o;
al-llakam ben Nâfi' est également cité dans l’index de Tabari.
FOUTOUH AL BAHNASA.
19
«du Dieu clément et miséricordieux». Jésus lui répondit : «Peux-tu expliquer
«ces mots? — Je ne le puis», répondit le maître. Jésus lui dit alors : «Le A (de
Insm), c’est la gloire de Dieu ( baha ), Ys, la grandeur ( senâ ) de Dieu; Ym, les
anges de Dieu », etc . . . (l) .
Wahb a dit : « Voici le premier miracle que Jésus fit en public dans sa jeunesse.
Sa mère était dans sa maison à Babnasâ du pays d’Egypte chez un dibqân (noble)
du roi où Joseph le menuisier l’avait fait descendre quand il l’amena de Misr;
cette maison était l’asile des pauvres. Or, on vola au dihqân une somme consi-
dérable dans son trésor et le dihqân était ami particulier du roi, maître de
Babnasâ il ne porta pas ses soupçons sur les pauvres. Marie fut affligée du
malheur du dihqân^. Jésus voyant la tristesse de sa mère à cause du malheur
du dibqân, leur hôte, lui dit : «Mère, veux-tu que je t’indique où est l’argent du
«dihqân? — Oui, répondit-elle. — Dis-lui de réunir tous les pauvres qui étaient
«dans sa maison.» Marie informa le dihqân de ce qu’avait dit son fils. Quand ils
furent tous rassemblés, Jésus se dirigea vers deux hommes dont l’un était aveugle
et l’autre perclus (et ce dernier était porté par l’aveugle) et dit à l’aveugle :
«Lève-toi. — Je ne puis faire cela, répondit l’aveugle. — Comment donc,
«reprit Jésus, t’a-t-il été possible de commettre ce vol hier?» En entendant ces
paroles, ils frappèrent l’aveugle jusqu’à ce qu’il vint avec Jésus à l’ouverture du
trésor. «C’est là, dit Jésus, la ruse qu’ils ont employée hier, car l’aveugle a
«employé sa force et le perclus lui a prêté ses yeux. — C’est vrai,» dirent
1 aveugle et le perclus. On rendit au dihqân son bien qu’il replaça dans son trésor;
puis il dit à Marie : «Prends-en la moitié. — Je ne puis, répondit-elle.
Il est x isible que dans cette rédaction la iegende primitive a été altérée à dessein afin de montrer
dans Jésus un précurseur de Mahomet. De même dans Y Évangile de Thomas (Thilo, Codex apocry-
phus, p. 191), Jésus explique non plus les lettres hébraïques, mais celles de î’alpbabet grec; dans
un autre apocryphe en arménien, dont parie Chardin, Jésus explique au maître que l’a est
formé de trois lignes perpendiculaires sur une ligne horizontale pour nous apprendre que le
commencement de toutes choses est une trinité en trois personnes. Or, cette description de l’a ne
s’applique qu’à l’alphabet arménien, cf. Chardin, Voyage en Perse, éd. Langlès, 1811 Paris t IX
p. n 4 . ’ ’ ’ ’
C à*j<X* vtlUL. UaAAai. { Jd : . Cette phrase manque aux autres rédactions.
Sur les dihqân, classe particulière de la noblesse chez les Perses, voir Mas'oûdi, Prairies
d or, ed. Barbier de Meynard, t. II, p. i 4 o, 2 4 i; t. IV, p. 422, 4 ^ 3 ; t. V, p. 33 7 . Ce mot persan
désigné généralement une personne d’une ancienne famille persane possédant une propriété héré-
ditaire. Cf. Shâh-nâmeh, traduction Mohl, t. I, p. vm de l’introduction; Noeldeke, Gesch. der Perser
u. Araber zur ZeU der Sassamden, p. 44 o. C’est à tort que M. Salmon , Topographie de Bagdad, p. 1 o5 ,
voi ans ce mot un composé de deh + qan ou khan, et renvoie aux inscriptions turques de l’Orkhon.
e urc n a rien a faire ici. Le pseudo-suffixe gan, est persan et issu des suffixes — ak — an.
3 .
20
X É. GALTIER.
«Alors, donne-le à ton fils. — Mon fils, répondit Marie, est encore plus grand
« que moi et il ne reçoit rien dune créature (1) . »
«Quelque temps après ce dihqân invita Jésus à un festin, où il réunit tous les
gens de la ville et les traita pendant deux mois. A ce moment les rois et les
grands des pays (voisins) vinrent voir Jésus, mais la nourriture et le vin étaient
finis. Jésus fit apporter les cruches de vin qu’on avait remplies (d’eau) et avec la
permission de Dieu, elles se trouvèrent remplies de vin (2) . Jésus avait alors
douze ans, et les gens de Bahnasâ crurent en lui encore davantage ainsi que les
habitants des villes, des villages et des hameaux depuis le pays de Misr jusqu’à
celui de Bahnasâ, tant les rois que les autres gens de ces pays.»
As-Sadî a dit : «Jésus informait les enfants dans les écoles de ce que faisaient
leurs parents, il disait à un enfant : «Va-t’en, car à ta maison on mange telle
«et telle choses. L’enfant s’en allait et pleurait devant eux jusqu’à ce qu’on lui
donnât ce qu’il demandait. Lui demandait-on qui le lui avait appris, il répon-
dait : «Jésus 77. Ils le prirent donc en haine et ils recommandèrent à leurs enfants
de ne pas le fréquenter. Jésus vint parler aux enfants au sujet de ce qu’avaient
dit leurs parents et ils lui répondirent : «Nous ne suivrons pas d’autre que toi et
«ce que tu as apporté d’auprès de Dieu, et nous te défendrons contre eux (3) ».
Gela se répandit dans la ville; les principaux des patrices, des religieux et des
prêtres (4) se réunirent, convoquèrent leurs enfants et leurs familles pour les
avertir et leur dire de se méfier de Jésus, que ce n’était qu’un sorcier et un
trompeur (5) et qu’il ne fallait pas le suivre. Ils les enfermèrent dans une maison,
W Ce passage est emprunté à peu près textuellement (sauf Bahnasâ qui remplace Misr) à Ta'labi,
Qisas al-anbia , p. 257. On trouvera la même anecdote racontée par Kisai, d’après Wahb, dans Thilo,
Codex apocryphus Novi Testamenti, 1 vol., i832, Leipzig, p. 1 45 , qui ajoute que Pococke dans ses
notes à la Porta Mosis, en rapporte une analogue d’après le Kanz al asrar; elle est empruntée à la
Guemara Sanhédrin, chap. xi. Cf. sur cette histoire : R. Dussaud, Histoire et religion des Nosairis, 1 vol.
in-8°, Paris, 1900, p. 37; R. Basset, Le mythe d’Orion et une fable de Florian, Revue des traditions
populaires, t. IV, 1 88g , p. 6 1 6-62 1 ; Israël Lévy, L'aveugle et le cul-de-jatte ( Revue des études juives ) ,
1891, octobre-décembre, p. 199-205.
(2) Ce miracle , qui n’est autre que celui des noces de Cana , suit le précédent dans le texte de
Ta'labi à qui il est emprunté (sauf quelques variantes). Le miracle suivant, les enfants changés
en porcs est également tiré de Ta'labi , qui commence comme C par Jis . C change les noms
propres; ainsi chez lui ya* devient Bahnasâ, pLJ! devient àUCJt et plus loin, là où Ta'labi dit :
du vin de tel ou tel pays , C donne (jôj! •
' 3 ' Cette phrase manque partout ailleurs.
(4) Même observation. T dit seulement : «sua , il faut peut-être lire : R Sellai «les
patriarches» dans C.
l5) Coran, v, 110, 3 )t îiXà y!; quelques-uns lisaient :
FOUTOUH AL BAHNASA. 21
et chargèrent des esclaves et des délégués de subvenir à leurs besoins de
chaque jour par peur de Jésus (1) . Jésus s étant rendu à cette maison, la trouva
fermée avec des gardiens à la porte; il les pria de lui ouvrir la porte; mais ils
lui dirent : «Jésus, il n’y a pas là des enfants, ni des jeunes filles (2) , mais des
«porcs seulement. — Qu’il en soit ainsi, s’il plaît à Dieu 77, répondit Jésus. La
porte ouverte, on ne trouva là que des porcs, selon la parole de Jésus. Cette
affaire se répandit parmi les gens et on éprouva une crainte respectueuse à son
égard (3) . 77
As-Sadî a dit : «Lorsque Jésus et sa mère arrivèrent sur le territoire de Bah-
nasâ (4) , ils descendirent dans un village chez un homme qui leur offrit 1 hospitalité.
Cet homme était boulanger du roi (5) ; un jour, il rentra triste et affligé dans sa
maison, au moment où Marie était chez sa femme. Marie lui demanda : «Qu a
«donc ton époux pour être ainsi triste et affligé^ — Ne me le demande pas, repon-
«dit la femme. — Informe-m’en, reprit Marie, peut-être que Dieu éloignera son
«chagrin. — Sache, dit-elle, que le roi, elle voulait dire le roi de Bahnasa^ \ a
«fixé à chaque habitant de ce village un jour où il doit lui présenter de la nourri-
«ture et lui verser du vin, s’il y manque, le roi le punit, c’est aujourd’hui notre
«jour et nous n’avons nul moyen d’y satisfaire. — Dis-lui de ne pas s’affliger,
« reprit Marie, je dirai à mon fils de prier Dieu et il fera le nécessaire. 77 Marie rap-
porta cet entretien à son fils Jésus qui lui dit : «Si je fais cela, il en résultera de
« graves conséquences — Ne t’en inquiète pas, dit Marie, cet homme a été bon
«pour nous et nous a bien reçus. — Dis-lui, reprit Jésus, lorsque le roi appro-
«ehora, de faire remplir ses marmites et ses jarres d’eau, ensuite préviens-moi. 77
llî Celte phrase manque aussi ailleurs.
P «XahJ .
^ W m dit pas où se passe ce miracle, mais il est évidemment tiré de Ta'labi, op. cit., p. 257-268.
Selon lui, il se serait passé non pas à Bahnasâ comme dit C, mais chez les Banou-Israïl , et Marie
craignant pour son fils, se serait enfuie avec lui en Égypte. Selon Kisai (Thilo, Codex apocryphus
Novi Testamenti, p. i 5 o) Jésus comme preuve de sa mission indique aux Juifs ce quils mangent
chez eux : mais comme ils demeurent incrédules, ils sont sur la prière de Jésus changés en porcs
et meurent trois jours après. Cette légende est tirée de Y Évangile de V 'enfance, chap. xl (cf. Thilo,
Codex apocryphus Novi Testamenti , p. * 1 5 ) où Jésus métamorphose les enfants en béliers.
t4 * P, Cet W localisent l’histoire à Bahnasâ, mais Ta'labi dit qu’elle se passa lorsque Jésus fut
arrivé chez les Juifs.
w Selon P, C et W; T dit seulement Jla,
liNjUfi: JjLa*, détail qui est nécessaire pour comprendre la révolte des habitants du pays, lorsque le
fils est ressuscité. La source de T est aussi as-Sadi.
6 Comme on le voit, C et P insistent pour montrer que le fait s’est passé à Bahnasâ.
22
É. GALTIER.
%
L’homme le fît et voici que le roi arriva : la terre trembla du bruit des tambours,
des flûtes, des cymbales et des timbales. Jésus se mit en prières; l’eau des mar-
mites fut changée en viande et en mets de toute espèce, et celle des jarres en un
vin comme les gens n’en avaient jamais bu. Le roi alors mangea et but et il en
éprouva une extrême satisfaction, puis il demanda au boulanger d’où venait ce vin :
« C’est du vin du Fayyoum (1) », répondit-il. Mais le roi ne le crut pas « car, dit-il , on
r m’apporte de là du vin et du raisin et ils ne valent pas celui-ci.» L’homme lui
désigna alors un autre pays; mais le roi ne le crut pas davantage. Enfin, l’homme
ne sut que répondre. Le roi lui dit : « Avoue-moi la vérité ou je t’infligerai un mau-
re vais traitement. » L’homme (2) voyant que le roi était irrité lui dit : rr J’ai chez moi
«un jeune homme à qui Dieu accorde tout ce qu’il demande, c’est lui qui par ses
«prières a changé l’eau en vin. » Le roi fut étonné. 11 avait un fils dont il voulait
faire son successeur sur le trône et qui était mort longtemps auparavant et qui lui
était plus cher que personne. Il dit à son hôte : «Amène ce jeune homme dont
«les prières ont changé l’eau en vin et dis-lui de prier Dieu pour qu’il ressuscite
«mon fils. » L’homme vint à Jésus et l’informa de l’ordre du roi : «Je ne ferai pas
«cela, dit Jésus. — Pourquoi? demanda l’homme. — Parce que, dit-il, si cet
«enfant revient à la vie, il arrivera un grave événement^. » L’homme alla informer
le roi des paroles de Jésus ' « Peu m’importe, dit le roi, pourvu que je revoie mon
«fils vivant. » Et il fit appeler Jésus. Quand Jésus fut en sa présence, il le supplia
au sujet de son fils : «Si je fais cela, dit Jésus, nous laisseras-tu aller où il nous
«plaira, moi et ma mère? — Oui, répondit le roi.» Jésus adressa une prière à
Dieu et ressuscita l’enfant. Mais quand les gens du royaume le virent rendu à
la vie, ils coururent aux armes, en s’écriant : «Ce roi-ci nous a dévorés et inain-
« tenant que sa mort approche, il veut laisser son fils à sa place afin qu’il nous
«dévore comme son père nous a dévorés; tuons-le donc (4 b» Et Jésus et sa mère
s’en allèrent; les miracles de Jésus sont nombreux, et parmi eux l’histoire du
teinturier (5) est célèbre. Dieu sait le mieux la vérité. »
^ T cjp^l .
(2) P yliüaoJt , ce qui contredit ie texte , car plus haut il est appelé yLi. .
(3) C plift P T jA.
(4) W ttjXaurt»; P T yimUi
(5) On la trouve dans Thilo ( Codex apocryphus Novi Testamenti, p. i5o), d’après Kisai; l’isla-
misme l’a introduite chez les Persans; c’est pourquoi chez eux Jésus est le patron des teinturiers.
Ta'labi la rapporte d’après Kisai d’après Wahb ben Monabbih. On sait, comme l’a montré
M. Basset, que c’est Wahb qui a fait connaître ces légendes chrétiennes aux Musulmans. La légende
de Jésus teinturier est tirée de l 'Evangile de Venfance, cbap. xl.
FOUTOUH AL BAHNASA.
23
SUITE DE L’HISTOIRE DES ROIS DE BAHNASA (1) .
Nous revenons au sujet de notre récit, le roi de Bahnasâ Qantâriôs. Les
décrets de Dieu s’accomplirent, et ensuite il mourut, laissant pour successeur
son fils Iskandrâs. Il conserva la dignité de son père pendant quatre-vingts ans
et eut deux fils dont le premier reçut le nom de Tourna 11 et le second celui c e
Botros, ils se partagèrent la ville et la fortifièrent au moyen de deux portes;
Toumâ eut le côté sud où il fit élever une porte qui reçut le nom de Porte de
Toumâ ; Botros le côté nord. Ces deux rois régnèrent quarante ans. Tourna eut
un fils que l’on appela Roûmâs et Botros une fille d’une beauté extraordinaire a
qui il donna le nom de Splendeur des femmes (Bahâ-an-nisâ) et c est d elle que
la ville de Bahnasâ a tiré son nom quelle porte encore de nos jours.
Bahâ-an-nisâ apprit les sciences, la chevalerie, etc., et Toumâ la demanda
en mariage pour son fils à son frère Botros; le mariage fut fait volontiers après
que son père eut demandé pour elle la moitié du royaume, condition qui fut
acceptée; ils professaient la religion chrétienne. Le mariage consomme, elle
devint grosse d’un fils. Toumâ et Botros moururent alors et Roûmâs devint pos-
sesseur du royaume, mais ce fut un tyran, qui se conduisit mal, et abusa des
femmes de ses sujets. En outre quand il s’asseyait sur son trône pour rendre la
justice, il rendait des jugements iniques, tandis que Baha-an-nisa, au contraire,
se conduisait bien à l’égard des sujets, et les comblait de bienfaits. Roûmâs fit
bâtir un portique supporté par quatre colonnes de marbre de diverses couleurs,
de vingt coudées de hauteur, surmonté d’une coupole de marbre vert; sur la coupole
était un grand lion d’or rouge, la gueule ouverte, deux pierres précieuses figu-
i -aient les veux et les jambes étaient en argent orné de pierres : la nuit venue,
ces pierres brillaient d’un tel éclat que les yeux en étaient éblouis. L intérieur
de la coupole du portique était revêtu d’or et d’argent et l’on y avait repré-
senté toute sorte de figures. Dans le portique était placé un trône d’or rouge
enchâssé de perles et de pierres précieuses; sur les quatre côtés du trône étaient
quatre figures d’animaux : d’abord un lion, la gueule ouverte, avec deux yeux
de rubis, qui paraissait s’élancer sur ceux qui entraient; ensuite un aigle d’éme-
raude verte, orné de perles et de corail, avec des yeux de cornaline rouge,
W Ce titre manque au texte. C et P seuls racontent cette histoire fabuleuse qui manque à W.
Celui-ci apres les miracles de Jésus, passe de suite au récit de la conquête.
W Uj3 et »• Thomas et Pierre.
24
É. GALTIER.
perché sur une branche d’or rouge, les ailes éployées : on eût dit à le voir
qu’il allait prendre son essor; dans ses ailes il portait de la poussière de musc
d’une odeur très pénétrante; il tournait sur cette branche et le parfum se répan-
dait sur le roi Roûmâs. Sur le troisième côté on avait figuré une gazelle de cor-
naline, ornée de perles et de pierres précieuses d’un grand prix réunies ensemble;
on avait disposé pour elle un morceau de bois fait en argent, supportant une
planche d’or sur laquelle se tenait la gazelle prête à s’élancer comme si elle vou-
lait fuir le lion. Quand celui-ci se tournait de son côté, elle tournait grâce à des
ressorts combinés avec ingéniosité. Enfin, on voyait un paon sur lequel étaient
des colliers et des perles de toute sorte et dont les yeux étaient deux œils de chat
admirables; toutes les fois que l’aigle se tournait vers lui, il tournait en s’éloi-
gnant, comme s’il eut voulu s’enfuir. Sur le sol était un tapis multicolore fait de
toute sorte de soies brochées d’or (l) dont la longueur était de douze coudées;
au-dessus était un voile de soie verte, orné d’or et d’argent. Louange à celui dont
le royaume ne passe pas et dont la durée est éternelle.
Le narrateur dit : Quand le roi Roûmâs jugeait une affaire, on l’exposait à
Bahâ-an-nisâ ; si la sentence était juste, elle la rendait valable, sinon elle deman-
dait un nouveau jugement. Mais quand le roi refusa d’écouter ses conseils, et se
montra injuste envers ses sujets, les grands du royaume se plaignirent à elle,
et elle en fut irritée. Alors elle alla trouver son mari qu’elle trouva entouré de
jeunes filles jouant de toute sorte d’instruments et chantant : la salle où il buvait
enfermait quatre cents jeunes filles, derrière lesquelles se tenaient des jeunes gens
l’épée à la main, avec des cuirasses étoilées et des masses d’armes ornées d’or,
qui veillaient à leur sûreté jusqu’au moment où les convives étaient plongés dans
1 ivresse : alors ils se séparaient. Quand le vin leur eût fait perdre la raison, Bahâ-
an-nisâ vint portant un morceau de bang qu’elle mit dans un verre. Toute la vais-
selle était d’or, d’argent, d’émeraude et de cristal orné d’or et d’argent, la jarre
du vin était de marbre sculpté avec art, longue de six coudées, et pleine de vin, et
les échansons y puisaient pour remplir les coupes. Elle mit donc ce bang dans ce
verre et le présenta au roi, qui sur-le-champ tomba étendu à terre : alors les
convives se dispersèrent. Bahâ-an-nisâ prit un poignard et coupa la tête au roi ,
elle appela ensuite les jeunes gens qui creusèrent une fosse hors du palais et
y jetèrent le cadavre; quant à la tête elle la plaça sur un grand poteau dans
le palais (2) . Lorsque au matin les grands de la Cour, les principaux officiers tels
(1) P ajoute : (lisez : (jLsl) y* Ly> y(^*J — et après y* (?)
IoLuaS, C a . . . y» oU,.
21 hiâ-b oLJI y» ^iîl XjJLlî yjj
FOUTOUH AL BAHNASA.
que les vizirs et les patrices voulurent entrer pour leur service habituel , ils aper-
çurent sa tête ainsi suspendue et changèrent de couleur. Bahâ-an-nisâ leur parla
ainsi : .Ne craignez rien, je n’ai fait ceci qu’à cause de vous, pour vous délivrer
de sa tyrannie». Ils la remercièrent et 1 établirent comme reine. Le pouvoir lui
resta; elle fit du bien à ses sujets et fut obéie par les gens de tous les pays
jusqu’aux extrémités de l’Égypte; les princes la respectèrent jusqu’au Said et
jusqu'à Barqa (1) , elle donna des fonctions aux sages, aux devins et aux savants.
Quand le terme fut venu, elle mit au monde un fils et éprouva de cela une très
grande joie : elle le nomma Tousadoun Quand il eut grandi, elle
le confia à un maître qui lui enseigna la magie, la divination et 1 astrologie.
L’enfant apprit ces sciences. Sa mère elle-meme était babile dans toutes les
sciences : on dit même quelle fabriqua une femme de métal qui îendait aveugle
sur-le-champ quiconque la regardait, si par hasard il méditait quelque trahison
contre la reine. Quand elle tenait conseil pour les affaires et que les grands
avaient pris leur place, on leur présentait cette statue qui était faite à sa ressem-
blance (3) , de sorte qu’en la regardant ils croyaient voir la reine Bahâ-an-nisâ et
quiconque regardait cette statue et était aveugle était immédiatement mis à
mort ou emprisonné par ordre de la reine, et quiconque ne la regardait pas
n’éprouvait aucun mal. Le peuple et les grands la craignirent et obéirent à ses
ordres : elle régna ainsi longtemps.
Le narrateur dit. Lorsque Tousal, roi d’Asmounaïn^, qui était devin et sor-
cier, apprit ces nouvelles, il voulut lui faire la guerre, afin de lui enlever son
royaume et de s’en rendre maître et cela quand le fils de Bahâ-an-nisâ était déjà
un jeune homme. La reine informée de ce dessein, convoqua les grands du
royaume et les principaux personnages, les consulta au sujet de son fils, mit la
couronne sur sa tête, le fit asseoir sur le trône et s’occupa de ses affaires au
sujet du roi ennemi. Tousal avait déjà réuni des troupes nombreuses depuis
l’extrémité du $a'id jusqu’aux limites de son royaume pour la combattre. A cette
P i&j> «X». J!; Barqa est décrite dans ai-Bekri ( Journal asiatique , 5 e série, t. XII,
p. Aaa).
^ P vocalise Abou'l Mahasin, 1. 1 , p. &o, un manuscrit de Y Abrégé des Mer-
veilles, traduit par Carra de Vaux, À M Maqrîzi, Toumidoun.
(3) l&jyo manque à P.
M Touâal, à ne considérer que le nom, paraît être une corruption de Jloyô, dont les variantes
sont JUsyS et Jlis (Ibn Iyas, op. ciu, p. 111). Quant à la légende elle-même, elle se retrouve
dans Y Abrégé des Merveilles, traduction Carra de Vaux, p. 189, sous une forme différente; c’est la
magicienne (qui n’est autre que la prétendue Bahâ-an-nisâ) et son fils, qui dépouillés du trône,
rassemblent une armée dans le Sa'îd, battent Ghamroud (ou Mmroud) et s’emparent du royaume.
Mémoires, t. XXII. 4